La stratégie des Anchois

Pendant 643 jours les ouvriers, de l’usine NESTLÉ Saint-Menet à Marseille, ont entamé un bras de fer contre le géant mondial de l’agroalimentaire. Avec beaucoup d’intelligence et au prix d’une longue lutte syndicale et juridique, les ouvriers ont fait plier NESTLÉ et ils ont pu sauver une partie du site industriel et de leurs emplois. Cette lutte a été filmée de l’intérieur par le fils d’un ouvrier de l’usine de Marseille.

Un film écrit et réalisé par Bernard Boespflug, Hervé Grazini et Eric Renault

Il est des évènements qui marquent une époque, qui en sont la quintessence. Raconter ces his-toires revient à tenir la chronique de cette époque.

Le long conflit social des ouvriers de Nestlé de l’usine de Saint-Menet à Marseille symbolise cette année 2005, année du référendum sur la constitution européenne. La désindustrialisation et les délocalisations étaient au cœur des angoisses de la société française et donnaient la victoire aux partisans du non.

Toutes les questions portées lors de ce référendum, les ouvriers de Nestlé les vécurent, s’en emparèrent et en nourrirent leur lutte. Pour eux, la réponse à ces angoissantes interrogations fut l’action, à corps perdu. Ils étaient les marins d’un navire que le capitaine avait abandonné arguant qu’il allait sombrer. Seulement, les marins connaissaient mieux leur bateau que leur capitaine.

Mais au-delà de la lutte, ce que met en lumière l’aventure collective des ouvriers de Nestlé fut la question de la Démocratie au sein d’un système antidémocratique qu’est l’entreprise et plus généralement dans un monde en pleine mutation libérale. Cette problématique majeure ne fut pas juste une simple idée théorique qui traversa le conflit, elle fut le moteur de ce combat singulier contre la pieuvre de Vevey.

La prise de parole fut l’arme des ouvriers dans ce combat perdu d’avance. Cette parole, qui circula entre les ouvriers, qui irrigua Marseille et sa région puis la France et l’Europe, fut si dense qu’elle sera entendue par le pouvoir politique et judiciaire, finit par faire céder le géant de l’agroalimentaire. Une victoire au goût amer. Ce verbe haut et digne constitue la colonne vertébrale de La stratégie des anchois, une fable moderne.

Ce documentaire raconte cette histoire en se plaçant au milieu des ouvriers de Nestlé Saint-Menet. Parmi les lutteurs, car ce conflit a été filmé de l’intérieur par Hervé Grazzini, fils d’un travailleur de l’usine de Marseille. Dans ce film, nous mettons en avant une parole à la fois singulière et collective et qui, le temps du conflit, a flirté avec l’utopie d’une classe ouvrière qui prend son destin en main et qui croit en des lendemains qui chantent.